“Il faut tout miser sur la prévention”

Le Dr. Ernest Ahounou devait effectuer un ‘simple’ stage en réanimation au service des soins intensifs des Cliniques Universitaires Saint-Luc, grâce au soutien du Fonds Baele-Rémion, géré par la Fondation Roi Baudouin. Le COVID-19 a chamboulé ses plans et ses objectifs de stage. Il compte bien mettre son expérience au service de son pays, le Bénin, et aussi des autres pays d’Afrique.

En entamant son stage au service des soins intensifs des Cliniques Universitaires Saint-Luc, en janvier 2020, Ernest Ahounou pensait enrichir ses connaissances pratiques en réanimation neuro-vasculaire et métabolique. Ce médecin, enseignant et chercheur à la Faculté des Sciences de l’université d’Abomey-Calavi de Cotonou, en République du Bénin, est l’un des bénéficiaires des bourses de soutien attribuées par le Fonds Baele-Rémion. Celui-ci soutient notamment la progression professionnelle de médecins anesthésistes-réanimateurs africains en finançant leurs stages dans un hôpital belge. Et, dans ce contexte de crise sanitaire, le Fonds soutient ses anciens boursiers (5 médecins du Bénin, 4 du Burkina Faso, 4 du Niger et 3 de Guinée) en finançant, pour les structures de soins où ils travaillent, l’acquisition et la confection de matériel de protection contre le coronavirus, tels des masques et du gel hydroalcoolique.

Un coup au moral

À peine son stage entamé, le COVID-19 fondait sur la Belgique, chamboulant le quotidien du service des soins intensifs auquel Ernest Ahounou était affecté. Et aussi, évidemment, tous les plans du stagiaire béninois. Devait-il rentrer au pays, ou au contraire rester pour acquérir des connaissances et une expérience en matière de prévention et de lutte contre le virus ? “J’ai opté pour la seconde solution”, explique-t-il. “Le Bénin compte déjà des dizaines de cas de COVID-19 avérés. La situation pourrait bien entendu s’aggraver. Et, dans ce cas, je veux pouvoir mettre l’expérience que j’aurai acquise en Belgique au service de l’Afrique. Il faut que l’Afrique se prépare et anticipe la prise en charge de patients gravement symptomatiques”.

Confronté à ces événements inattendus, le médecin a bien sûr vécu des moments difficiles : “J’étais choqué. Je craignais évidemment aussi un peu pour ma santé. Et je me sentais assez seul, loin des miens. Mais, grâce aux techniques de communication, je suis parvenu à rester en lien avec ma famille. Mes frères m’ont aussi beaucoup soutenu. Aujourd’hui, mon moral est bon”.

Une expérience inespérée

Les objectifs du stage ont été redéfinis et orientés vers la gestion de la pandémie. Le stagiaire béninois – placé sous la férule de Pierre-François Laterre, chef de service aux soins intensifs de Saint-Luc – suit les visites médicales, participe aux réunions du staff et aux discussions autour de la prise en charge des malades : “J’en apprend beaucoup sur la stratégie, sur la façon d’organiser les ressources humaines et la logistique afin de pouvoir faire face au mieux à la crise sanitaire. L’organisation du travail du personnel médical, mais aussi paramédical doit être minutieusement réglée, il faut s’assurer qu’il y a un nombre suffisant de personnes sur le pont et il faut adapter le nombre de lits à l’évolution de la pandémie. Il faut aussi s’interroger en permanence sur les prises en charge thérapeutiques, les traitements, l’assistance respiratoire : rien ne peut être négligé”.

Tout miser sur la prévention

Mais, tout en engrangeant de l’expérience sur la prise en charge des patients COVID-19, Ernest Ahounou se forge sa conviction : si le Bénin ou d’autres pays africains devaient être gravement touchés par la pandémie, ces pays se trouveraient dans une situation extrêmement compliquée. “Dans les pays riches, la prise en charge des malades COVID-19 en réanimation coûte cher, pour un résultat relativement décevant, puisque le taux de mortalité est élevé. En Afrique, ce serait dramatique”. Et le jeune médecin d’ajouter : “Chez moi, il n’existe pas de couverture sociale, ni médicale : les soins et les médicaments sont à la charge des malades, qui sont incapables de supporter de tels coûts. Et ne parlons pas de la réanimation : sans subvention publique par les autorités politiques, elle est vouée à l’échec”. Ernest Ahounou compte donc sensibiliser les gouvernements africains sur deux points à ses yeux essentiels : d’une part, l’importance de la prévention et des investissements que cela suppose ; de l’autre, la nécessité de subventionner la prise en charge de la réanimation des patients touchés par le coronavirus. “L’Afrique doit concentrer ses ressources sur la prévention – c’est-à-dire, notamment, l’hygiène et le port du masque – et veiller à protéger le peu de soignants dont elle dispose en mettant à leur disposition des moyens de protection adaptés”.

Par ailleurs, une plateforme a été créée par le Professeur Baele, fondateur du Fonds Baele-Rémion, sur laquelle des médecins anesthésistes de 16 pays africains échangent des informations, partagent des articles et des documents scientifiques. Pour l’instant, le COVID-19 y tient la vedette : Ernest Ahounou, ainsi que plusieurs de ses collègues qui, comme lui, ont l’occasion de se former sur les procédures et protocoles COVID-19, y postent des informations sur la prise en charge des malades, des simulations d’intubation et des documents potentiellement utiles dans la gestion de la pandémie.

“Je sais que, si la pandémie devait affecter durement l’Afrique, je pourrai être utile à plusieurs niveaux”, conclut Ernest Ahounou. “Mais, pour que cela n’arrive pas, je mettrai toutes mes forces pour convaincre les gouvernements de l’impérieuse nécessité de mettre le paquet sur la prévention. C’est là l’essentiel, j’en suis convaincu”.

À propos du Fonds Fonds Baele-Rémion

Créé au sein de la Fondation Roi Baudouin par le professeur Philippe Baele, le Fonds Baele-Rémion soutient la progression professionnelle de médecins anesthésistes-réanimateurs ou d’acteurs-clés du domaine de la transfusion dans les pays en développement, principalement en Afrique et en Amérique Latine. À cet effet, il attribue des bourses permettant aux candidats sélectionnés d’acquérir une formation complémentaire utile dans l’exercice ou le développement de leur profession, par exemple en finançant des courts séjours dans une université ou un hôpital belge. Depuis 2014, le Fonds Baele-Rémion a financé 30 bourses pour un montant total de plus de 160.000 euros.

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