Des champignons issus de déchets du café

La biologiste Zilipa Nyirabyago vient de réaliser son rêve : permettre aux producteurs de café du Rwanda de tirer un revenu stable de la récupération des tonnes de déchets générés par le lavage des cerises de café pour y cultiver des champignons.

Zilipa Nyirabyago s’est envolée, ravie, vers le Rwanda et mis le cap sur Kigufi, le long du lac Kivu, non loin de Goma et de la République voisine, celle du Congo. C’est là qu’elle a procédé aux ultimes réglages de sa start-up, Les Moulins du Nil Blanc, qui ambitionne de révolutionner la culture des champignons, et des pleurotes en particulier. En les produisant à partir des déchets du café, une culture qui génère un quart des exportations agricoles du pays des Mille collines et… des tonnes de résidus.


“Avec ce projet, les producteurs de café bénéficient d’un revenu toute l’année et plus seulement lors de la récolte des cerises de café.”

Zilipa Nyirabyago, biologiste, experte mycologue


Son projet a remporté la première édition du concours organisé par le Fonds d’accélération OVO (Ondernemers voor Ondernemers), géré par la Fondation Roi Baudouin. Grâce aux prêts sociaux de 18.000 euros octroyés par des investisseurs réunis par OVO et de 12.000 euros accordés par la Fonds d’accélération, cette biologiste de formation, ayant travaillé dans l’industrie alimentaire et au sein de multinationales, réalise son rêve : permettre aux producteurs de café – ils sont, parmi les 12 millions de Rwandais, plus de 400.000 à en tirer leur unique revenu – de bénéficier d’un revenu toute l’année et plus seulement de la récolte des cerises de café.

“Dans la région du Kivu, les cultivateurs de café ne tirent leurs ressources qu’une fois par an, quand les grains sont arrivés à maturité. Lorsqu’ils ont été lavés, des tonnes de pulpes des cerises et d’autres déchets du café restent: elles représentent 60% du poids de la récolte. Le projet consiste, après le passage des cerises dans les stations de lavage, à récupérer la pulpe pour l’utiliser comme substrat sur lequel on cultivera le champignon avec des spores de bonne qualité. Avantage supplémentaire : cette pulpe est aussi un excellent engrais pour leur culture”, explique Zilipa Nyirabyago.

Du café aux pleurotes

Devenue experte mycologue, Zilipa Nyirabyago a multiplié les contacts. Elle a suivi une formation à la Mycelia School à Nevele pour savoir comment produire le substrat afin de le vendre aux petits producteurs locaux. Elle sait tout sur le mycelium, cette partie végétative des champignons qui lui permet d’absorber les éléments indispensables à sa survie. Elle connaît les biologistes de Nevele et le patron de Kigali Farms, une autre unité de production de champignons qui réalise des essais de cultures sur des souches vivantes au Rwanda. Elle a aussi appris à cultiver les pleurotes en Belgique grâce au marc de café ou aux drèches de brasserie chez Caffungi à Anvers et au Champignon de Bruxelles dans les caves de Cureghem.

“Savez-vous qu’en buvant une tasse de café, vous n’absorbez que 0,2% de la cerise de café originelle ? À Bruxelles, les milliers de tonnes de café restées chaque année dans les filtres avant de disparaître dans les poubelles pourraient permettre de cultiver les shiitakés, des champignons asiatiques parfumés hautement recommandables pour la santé. Mais cela, ce sera dans une prochaine phase de mon projet. Pour l’instant, je m’en tiens aux pleurotes. Eux aussi sont bourrés de vertus médicinales et de richesses nutritives, capitales au Rwanda, où les gens ne mangent pas à leur faim”.

Depuis deux ans, Le Moulin du Nil Blanc enseigne cette nouvelle technique aux planteurs locaux. Lors de son dernier passage au Rwanda, Zilipa Nyirabyago a peaufiné les derniers détails pour optimaliser la culture de ses pleurotes, appréciées autant par les Rwandais que par les riches clients étrangers des hôtels de la région. “Le secret du rendement dépend de l’environnement, de l’humidité, de la température ambiante, de la lumière… Quand tous ces critères favorables sont réunis, on peut passer à l’action. Elle a l’avantage de n’exiger qu’un espace très réduit, un atout précieux pour les producteurs locaux qui ne disposent que de très petites parcelles de terre, quasi exclusivement plantées de caféiers. Or, quatre mètres carrés seulement permettent déjà d’obtenir une production rentable. Il suffit d’y installer deux à trois étagères superposées pour cultiver les pleurotes. Dès que le paysan a acheté son substrat, il ne lui reste plus qu’à l’étaler sur ces couches, de les asperger d’un petit spray d’eau et le tour est joué : deux à trois semaines plus tard, la récolte pourra commencer. Et le processus peut se répéter toute l’année”.

La culture du pleurote, non contente de livrer un exemple parfait d’économie circulaire, en refermant le cycle du café, devrait permettre aux producteurs rwandais de gonfler leurs maigres revenus, trop dépendants de la maturation annuelle des fruits de leurs caféiers et du prix du marché mondial. En attendant, Zilipa Nyirabyago savoure la concrétisation de son projet. À la frontière entre le Congo et le Rwanda, ses premiers clients affluent déjà sur le marché. Et au pays des Mille Collines, les petits producteurs apprennent à maîtriser le miracle du mycelium.

A propos du OVO Acceleration Fund / Fonds d’accélération OVO (Ondernemers voor Ondernemers)

Géré par la Fondation Roi Baudouin, le Fonds d’accélération OVO soutient des projets en Afrique ayant un impact économique et social durable, au moyen de prêts adaptés aux besoins des jeunes PME locales. Les donateurs du Fonds ont donc la possibilité, unique en Belgique, de convertir leurs dons déductibles d’impôt, en investissements dans des projets rentables portés des entrepreneurs africains.

Fonds d’accélération OVO

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