Les déchets ont de la valeur

Dans les pays en développement, la montagne de déchets plastiques constitue souvent une source de pollution nocive pour les habitants. Au Nigeria, la jeune société Wecyclers incite de plus en plus d’habitants à récupérer ces déchets pour les recycler. Son approche innovante et son impact social lui ont valu d’obtenir le Prix Roi Baudouin pour le Développement en Afrique 2018-2019.

“Il ramasse des déchets ? Il doit être fou, celui-là !” Des tonnes de déchets s’accumulent dans les rues et les rigoles des quartiers pauvres de Lagos, la plus grande agglomération du Nigeria avec ses 21 millions d’habitants. Les camions poubelles ne récoltent que 40% des quelque 10.000 tonnes de déchets produits chaque jour dans cette ville. Le reste est en grande partie purement et simplement jeté. Le problème est encore plus aigu quand on sait que, d’ici 2100, Lagos pourrait devenir la plus grande ville du monde.


“Notre premier objectif est d’améliorer la vie de nombreuses personnes en nous attaquant à un gros problème : celui des déchets.

Olawale Adebiyi, CEO de Wecyclers


Mais dans sept quartiers de la ville, la récolte des bouteilles en plastique bat son plein. “Quand tu as bu, tu ne jettes pas la bouteille, d’accord ? Mets-la dans mon sac !”. En quelques jours, la gérante d’un petit magasin a déjà rempli une dizaine de grands sacs. Le service de ramassage de Wecyclers va bientôt passer. Le plastique sera pesé sous les yeux de la gérante, qui apprendra peu après par SMS combien de points elle a gagnés. Elle pourra ensuite les échanger contre de la nourriture, un appareil ménager ou de l’argent liquide.

Diplômée du MIT

La société Wecyclers a été fondée en 2012 par Bilikiss Adebiyi-Abiola qui, après avoir décroché son diplôme au prestigieux MIT à Boston, a décidé de décliner les offres d’emploi aux États-Unis et de rentrer dans son pays. Son idée était de s’attaquer à la fois aux grands besoins sociaux et aux problèmes environnementaux. “Au début, ma famille et mes amis m’ont demandé si je n’étais pas folle : avec un diplôme pareil, pousser moi-même la charrette de déchets !”. Il n’a pas été facile non plus de trouver un capital de départ, aucune banque ne voulait lui accorder un prêt.

Aujourd’hui, Wecyclers regroupe 17.000 ménages dans sept quartiers de Lagos. Un bon ramasseur de déchets peut gagner chaque trimestre un demi salaire mensuel, voire un salaire entier, et certains en ont même fait leur revenu principal. Wecyclers occupe également 125 personnes, dont 60% de femmes. Beaucoup d’entre elles traitent les déchets qui entrent dans cinq dépôts : elles enlèvent les emballages des bouteilles et les trient par couleur. “Notre plastique est beaucoup plus propre que celui que les chiffonniers récupèrent dans les grandes décharges. C’est pourquoi les entreprises qui l’utilisent comme matière première nous le paient un peu plus cher”, explique Bilikiss Adebiyi-Abiola.

La valeur des déchets

“Quand je vois une bouteille en plastique, je vois de la valeur”, ajoute son frère Olawale Adebiyi, CEO de l’entreprise. “Notre premier objectif est d’améliorer la vie de nombreuses personnes en créant des emplois et en permettant à des familles de se procurer un petit revenu supplémentaire grâce à leurs déchets. Nous le faisons en nous attaquant à un autre gros problème : celui des déchets”. Si les rigoles ne sont plus encombrées de plastiques, l’eau s’écoule mieux et les insectes propagateurs de certaines maladies, comme la malaria, y prolifèrent moins. Les gens apprécient l’embellissement de leur cadre de vie et sont convaincus de la démarche.

L’idée que les déchets ont de la valeur fait peu à peu son chemin et on voit se multiplier les entreprises qui les récupèrent ou les recyclent. “La concurrence ? Aucun problème, il y a plus qu’assez de travail !”. Wecyclers est conscient qu’on ne récupère encore qu’une petite fraction de la montagne de déchets et ne demande qu’à pouvoir étendre son action dans d’autres quartiers de Lagos et d’autres villes au Nigeria, ou même à l’étranger, pour pouvoir traiter davantage de déchets et avoir plus d’impact social. L’organisation récolte déjà les déchets plastiques d’entreprises, d’hôtels et d’organismes publics, qui la paient même pour le faire, ce qui constitue une nouvelle source de revenus. On voit aussi apparaître les premières franchises dans certains quartiers : elles gèrent elles-mêmes une équipe de collecteurs et revendent leurs déchets à Wecyclers. Et en collaboration avec une organisation environnementale, un projet pilote est en cours dans une école, où les parents peuvent payer les frais de scolarité de leurs enfants en déposant du plastique, que Wecyclers vient récupérer à l’école.

Rêve d’avenir

Les 200.000 euros associés au Prix Roi Baudouin pour le Développement en Afrique arrivent à point nommé pour soutenir les projets d’expansion de Wecyclers, qui veut acheter davantage de véhicules pour récolter les déchets dans les quartiers – les vélos avec remorques des débuts ont été remplacés par des triporteurs motorisés – et faire l’acquisition d’un espace de stockage pour pouvoir mieux s’adapter aux fluctuations des prix du plastique de recyclage.

“Je rêve d’un avenir où tous les déchets seront réutilisés, où des millions de gens vivront mieux et pourront aller à l’école. Je rêve que de petites entreprises se créeront autour de Wecyclers et dans le secteur du recyclage…”, dit Bilikiss. Un rêve ambitieux, mais comme le dit l’une des ouvrières du dépôt : “On voit qu’on a un impact dans notre pays et cela me donne le courage de poursuivre ce
travail”.

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