Un diplôme pour restaurer l’environnement des collines du Burundi

À Bujumbura, Elie Nyerere tente de protéger un environnement menacé par la transformation du café. Cette culture génère pourtant l’essentiel des devises du Burundi. Avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin, il a créé la Maison pour l’Analyse et l’Expertise Environnementale, dans le but d’améliorer le traitement des eaux usées des stations de lavage des cerises de café.

Responsable d’un laboratoire d’analyse dans la capitale burundaise pendant trois ans, Elie Nyerere en était arrivé à un constat d’impuissance. “J’ai réalisé que, dans de nombreux cas, j’étais incapable d’apporter aux coopératives actives dans la filière du café, des réponses satisfaisantes à leur problème de traitement des eaux usées”. En 2017, il obtient une bourse de mobilité du Fonds Elisabeth et Amélie, géré par la Fondation Roi Baudouin, pendant son Master en Sciences et Gestion de l’Environnement dans les Pays en Développement à l’ULiège. Un premier coup de pouce. Et une première prise conscience. Et choisit comme travail de fin d’études d’”analyser les eaux usées et polluées générées par les stations de lavage du café situées en amont du lac Tanganyika au Burundi, et d’améliorer l’épuration de l’eau dans ces stations”.


“Le projet veut freiner la pollution environnementale causée par les eaux usées par la transformation du café”

Elie Nyerere, fondateur de La Maison pour l’Analyse et l’Expertise Environnementale


Le café, pollueur des eaux

Malgré la crise que traverse le Burundi et l’importante dégradation des terres au cours des dernières années qui met en péril la production, le café demeure toujours le plus grand pourvoyeur de fonds du pays. Près de 600.000 ménages burundais (sur 1,6 millions de ménages paysans) – des familles rurales parmi les plus pauvres de la population – dépendent de la caféiculture pour survivre.

“Le café est un très grand consommateur d’eau”, explique Elie Nyerere. “Son traitement dans les stations de lavage, dont certaines construites dans les années 1980, est aussi une source inquiétante de pollution des eaux”. De même que sa transformation, qui passe notamment par les phases de lavage et de dépulpage de la cerise: les matières organiques contenues dans les pulpes, difficilement dégradables, contaminent les sols et les nappes phréatiques, et rendent trouble l’eau en surface. Ces polluants consomment l’oxygène des cours d’eau nécessaire à la flore et à la faune. “Ces eaux polluées dégagent une mauvaise odeur ; elles sont devenues impropres à la consommation et même à l’irrigation”, s’indigne le scientifique.

“Un rêve qui se réalise”

Au cours de son travail de fin d’études en Belgique, Elie Nyerere prend conscience de l’urgence, et aussi du fait que les moyens du bord sont inadaptés : “Les systèmes de traitement des eaux usées utilisées par les coopératives étaient inefficaces : il fallait mettre le plus vite possible un nouvel outil performant à la disposition de la population”.

Mais rien n’est simple : les experts en gestion durable manquent, les moyens financiers pour construire et équiper des laboratoires susceptibles de traiter les eaux usées sont insuffisants, les acteurs et les usagers du secteur de l’eau sont peu formés, les informations font défaut… Bref, il faudra franchir bien des obstacles avant de réparer un environnement qui subit les effets de déchets non traités qui dévalent les versants.

Et puis et surtout, l’argent manque cruellement au Burundi. Mais Elie Nyerere a pu compter à son retour sur la Fondation Roi Baudouin, qui lui octroie un prêt de 35.600 euros pour l’aider à créer son entreprise : la Maison pour l’Analyse et l’Expertise Environnementale (MAEE). Et le met en relation avec COCOCA, le consortium des coopératives des caféiculteurs. “Nous avons signé un partenariat. La MAEE fournira des services aux coopératives de caféiculteurs regroupées au sein de COCOCA : analyses des eaux usées, formations et études d’impact environnementales et sociales lors de l’installation de nouvelles installations d’épuration des eaux usées”, explique Elie Nyerere, qui a la ferme intention de freiner les ravages que causent les eaux mal traitées sur l’environnement.

“Plus qu’un coup de pouce, c’est un rêve qui se réalise. Sans la Fondation, rien n’aurait été possible. Je suis sûr qu’il est encore temps, que les choses peuvent s’améliorer. J’y crois !”, rassure le scientifique qui n’attend plus qu’un dernier document de l’administration pour inaugurer son espace d’expertise à Bujumbura.

La MAEE promet d’augmenter les performances de traitement des eaux usées, qui sont largement insuffisantes, notamment parce que les bacs de traitement sont sous-dimensionnés. Elle a aussi décidé de s’équiper d’un laboratoire moderne afin de se fonder sur des assises scientifiques. Plus de la moitié du prêt de la Fondation sera d’ailleurs consacré à l’achat des appareils de mesure indispensables au déploiement du projet. Un projet essentiel pour une large partie de la population burundaise qui reste totalement dépendante de la culture du café et de son impact sur l’environnement.

 

À propos du Fonds Elisabeth et Amélie

Créé en 2007 au sein de la Fondation Roi Baudouin par des femmes soucieuses de financer des projets liés à l’eau dans le Sud, le Fonds Elisabeth & Amélie a depuis lors soutenu 145 projets qui améliorent l’accès à l’eau potable dans les pays du Sud, pour un total de plus de 3,5 millions d’euros. L’appel à projets 2019 est en cours et vise en particulier des projets liés à l’accès à l’eau et/ou l’assainissement en milieu scolaire.

Depuis 2015, le Fonds accorde également des bourses de mobilité à des étudiants du Sud qui étudient en Belgique et dont le travail de fin d’étude concerne la gestion de l’eau. Le Fonds a déjà accordé 47 bourses pour un montant total de 184.209 euros.

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