Dire adieu à la pauvreté

Avec, selon les estimations, 80% de sa population vivant dans la pauvreté, le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde. C’est même le pays avec le pourcentage le plus élevé de population souffrant de malnutrition, dans le classement du Global Hunger Index. ADISCO, qui est le principal partenaire de la Fondation au Burundi depuis 2011, contribue à changer les choses en aidant des particuliers, des familles et des communautés à sortir de la pauvreté.

Au Burundi, les programmes d’assistance qui ont été mis en place depuis la fin de la guerre civile risquent, à la longue, de produire des effets pervers et d’entretenir, par leur gratuité, la passivité des populations locales


“ADISCO veut libérer les gens du poids du sentiment d’être condamnés à une vie de pauvreté.”

Deogratias Niyonkuru, fondateur d’ADISCO


Fondée en 2006 par des cadres burundais qui avaient décidé de revenir au pays à la faveur du retour de la paix, l’association ADISCO (Appui au Développement intégral et à la Solidarité sur les Collines) adopte une vision diamétralement opposée : mobiliser les ressources des paysans et paysannes burundais pour accroître leur autonomie et construire avec eux des modèles économiques viables. L’objectif est de permettre l’avènement de collines solidaires, prospères et dignes.“ADISCO part de l’idée que la pauvreté puise ses racines dans la perte de confiance en soi, qui alimente à son tour un sentiment de fatalisme et de résignation”, dit Deogratias Niyonkuru.

Secrétaire général de l’association, il en a été non seulement l’un des fondateurs mais aussi son principal inspirateur. Pour libérer les énergies, ADISCO mise sur des ‘ferments’ : des hommes et des femmes représentatifs de leur communauté et reconnus par elle moins pour leur expertise purement technique que pour les valeurs humaines qu’ils incarnent. Après avoir suivi une formation, ces figures de référence constituent autour d’eux des ‘groupes d’autopromotion et de solidarité’ (des IGG en kirundi). C’est à partir de ces noyaux que naissent divers projets à la fois individuels et communautaires.

Quels projets ? À contre-courant des filières exclusives promues par les grandes agences de développement, ADISCO aide les populations des collines à développer des exploitations familiales intégrées. Ce type d’agriculture est mieux adapté aux petits paysans d’Afrique et en particulier ceux des régions surpeuplées et aux sols fragiles de l’Afrique montagneuse. Il limite les risques de dépendance face aux fluctuations du climat, des maladies et des marchés, préserve les ressources naturelles et assure la sécurité alimentaire et des revenus des communautés locales. ADISCO accompagne ces exploitations intégrées et stimule la création de coopératives multifilières autogérées en vue de mutualiser les coûts de gestion et de rendre les paysans plus forts dans leurs négociations avec les différents intervenants. Fin 2014, les 2102 IGG comptent 17.100 ménages ou 97.400 personnes.

Étant donné la surexploitation et l’exiguïté des terres, il est tout aussi indispensable de promouvoir également des emplois non agricoles. C’est pourquoi ADISCO appuie les porteurs de projets d’entreprenariat à valeur ajoutée pour l’économie locale, et en particulier les jeunes, pour qu’ils puissent avoir plus facilement accès à la formation et à l’information technique et commerciale nécessaire.

La santé est le troisième grand domaine d’action. La pauvreté et l’insécurité ont en effet fortement dégradé les conditions sanitaires des populations, en particulier parmi les couches les plus pauvres. En réponse à ce défi, ADISCO soutient la création de mutuelles de santé qui permettent une prise en charge collective des coûts des soins de santé pour les habitants des collines. Le mouvement prend de l’ampleur : on dénombre aujourd’hui 25 mutuelles qui touchent ensemble 113.442 personnes.

D’où vient l’argent? La politique financière est aussi une des originalités de l’approche d’ADISCO, comme l’explique Déo Niyonkuru : “Nous limitons les financements externes, car nous savons que cet argent ‘froid’ – de l’argent facile et apporté sans efforts aux communautés – génère rarement un développement durable. Toutes les initiatives locales sont d’ailleurs entièrement autonomes sur le plan financier. Elles fonctionnent grâce à divers outils de mobilisation des ressources internes: des cotisations pour les mutuelles de santé, des prises de parts sociales pour les coopératives ou encore un système de tontine africaine améliorée pour les IGG”. Le processus qui conduit à l’autonomisation totale des coopératives et des mutuelles peut nécessiter des soutiens sur une période de cinq à six ans alors que les IGG sont entièrement autonomes dès leur émergence. Pour réaliser son travail d’appui, ADISCO peut compter depuis plusieurs années sur un nombre limité de fidèles partenaires financiers en Europe et au Canada.

Ces initiatives sont des modèles de développement aisément transférables parce qu’ils sont simples, qu’ils sont solidement ancrés dans la culture africaine et les savoirs locaux et qu’ils dépendent peu d’apports extérieurs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, en quelques années à peine, plus de deux mille IGG ont vu le jour dans les quatre régions d’intervention prioritaires d’ADISCO (Kirimiro, Buyenzi, Mumirwa et Bugesera). Cette croissance extrêmement rapide est souvent due à un simple effet de tache d’huile: le modèle se propage de manière quasiment organique, sous l’impulsion d’animateurs qui ne sont pas des experts distants mais des figures reconnues dans leur propre communauté. Chacune de ces dynamiques évolue à son propre rythme, en fonction des potentialités du milieu local. Si ADISCO intervient en appui des initiatives, c’est toujours en veillant à ce que celles-ci soient conçues, portées et animées par les populations elles-mêmes, et en particulier par ceux qui sont traditionnellement exclus de la prise de décision : les femmes, les jeunes, les plus défavorisés, les minorités… Un véritable ‘empowerment’ inclusif.

Enfin, dans la mesure où les causes de la pauvreté sont aussi liées à des politiques qui dépassent le cadre local, ADISCO mène aussi un travail de mise en réseau avec d’autres acteurs de la société civile burundaise afin de mieux peser sur certaines orientations structurelles. L’organisation participe ainsi à de nombreuses instances nationales de décision ou de consultation où elle fait entendre la voix des paysans des collines. Ces alliances et ce travail de renforcement institutionnel portent leurs fruits: des fédérations de coopératives ou de mutuelles ont déjà réussi à infléchir des politiques agricoles et de santé.

Peu à peu, une nouvelle génération va devoir prendre le relais des cadres burundais qui ont été à l’origine d’ADISCO. Ce passage de témoin se prépare activement, et notamment dans le cadre de l’Université populaire Haguruka : un centre de formation où des responsables de coopératives et de mutuelles de santé peuvent affiner leurs compétences et d’où émergeront de nouveaux leaders sociaux. La capitalisation des expériences réalisées se fait également au travers de publications, du site internet de l’organisation et des modules de formation.

On l’aura compris, c’est un retournement complet de perspective que propose donc ADISCO : la mobilisation des ressources du milieu local plutôt que la distribution d’une manne extérieure censée répondre aux besoins de simples bénéficiaires; la valorisation d’agents de changement reconnus dans leur communauté plutôt que le recours à une expertise technique trop souvent distante; la responsabilisation et l’autonomie financière plutôt que la dépendance et l’attentisme; bref, la prise en main de leur propre destin par les paysans et les paysannes plutôt que la création d’attentes de financements externes aléatoires. L’expansion spectaculaire de ce modèle novateur est la meilleure preuve de sa pertinence et de son adéquation aux réalités de terrain. Pour qu’un jour – pas si lointain selon son directeur – même ADISCO ne soit plus nécessaire au développement des collines.

ADISCO

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